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jeudi, 17 mars 2016

La vie s’est allongée, mais la société ne s’est pas élargie.

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qui ravagèrent à plusieurs reprises l’Europe.jpgLouis_Duveau_La_peste_d'Elliant.jpgAu Moyen Age, la Mort est imaginée comme un corps humain momifié ou en décomposition. La mort fut personnifiée au Moyen-Age sous la forme d'un squelette drapé de noir portant une faux. Cette faux, elle l'aurait emprunté à l'ancien dieu romain Saturne. Dieu de l'agriculture et du temps, il prend d'un côté (temps, mort, épidémies, ...) et rend de l'autre (moisson, été, abondance) sans distinction. Comme Saturne, la mort et sa faux fauche les âmes sans distinction de couleur, origine, religion ou richesse. La Mort est alors connue sous le nom de "la Grande Faucheuse" ou tout simplement "la Faucheuse". A une époque où de nombreuses épidémies notamment le choléra, faisait des ravages, qui ravagèrent à plusieurs reprises l’Europe. La faucheuse représentait un être terrifiant venu happer les vivants d'un coup de lame. Mais celle qui fit le plus grand nombre de victime fut sans nul doute la peste noire ou peste bubonique qui toucha l’Europe entre 1347 et 1352 (25 millions), la peste noire a donc tué entre 30 et 50 % de la population européenne en cinq ans seulement. Les hommes, marqués par ces terribles événements (guerres, épidémies, famines, etc…), sont de plus en plus obsédés par cette mort qui rôde. La mort est omniprésente, elle les accompagne au quotidien. Tous, sans exception, y sont confrontés. Certains s’enferment plus encore dans la foi, voyant dans tous ces malheurs un signe de la punition de Dieu. De manière générale on observe que la mort devient une véritable obsession. Le mourant a la conviction intérieure qu'il va mourir et accepte sa mort de courte durée, sans dramatisation excessive, et cela se poursuit à la Renaissance et au XVIIIe. A cette époque, l'espérance de vie à la naissance était de l'ordre de 25 ans, probablement un peu plus pour les privilégiés (sauf les hommes nobles à cause des décès prématurés au combat) et un peu moins pour les paysans et les pauvres. De même, dans les périodes prospères, elle a dû atteindre 26 ou 27 ans, mais, dans les époques de grandes crises, spécialement aux IXe et Xe siècles et du milieu du XIVe siècle au milieu du XVe siècle, elle n'a peut-être même pas atteint 22 ou 23 ans, et la population a régresse. Pourtant on ne doit pas oublier qu'il s'agit d'une moyenne et que, si le quart ou le tiers des enfants mouraient avant leur premier anniversaire, il y avait aussi des vieillards et même quelques rares centenaires.


mort.jpgQuoi qu’on en dise, le tabou de la mort existe, il est là et même bien là dans nos sociétés occidentales. Donc, si on regarde d’un peu plus près comment la mort nous devient étrangère, on se rend compte qu’il y a quelques années encore, nous nous occupions de nos proches en fin de vie à la maison, en famille. Cette mort accompagnait notre quotidien, nous la vivions intimement jour après jour et même au-delà du décès en portant des signes distinctifs de deuil… A contrario, aujourd’hui la mort est mise de côté, occultée et niée "cachez cette mort que je saurais voir". Les occasions de contact avec des mourants et des morts se raréfient, et pourtant, nous vivons un étrange paradoxe avec la mort qui n'a jamais été aussi lointaine, aussi proche, ni aussi violente... Elle n'a pas disparu, elle est devenue virtuelle (au cinéma, à la télévision, dans les jeux vidéos ...). L’augmentation de l’espérance de vie change notre mentalité en rapport à la mort, les chiffres sont connus, on meurt de plus en plus à l’hôpital et de plus en plus seul, loin de la vie de nos congénères, loin des yeux du monde (60 % meurent à l’ hôpital, 30 % en maison de retraite et les autres à domicile). Le cadavre tombe entre les mains de professionnels spécialisés (la thanatopraxie), dans sa conservation, sa présentation, son embellie. La mort devient de plus en plus invisible. Le deuil lui-même devient aussi affaire de spécialistes (psychologues) qui offrent leur service dans les attentat, les accidents, les "marches blanches" en sont un symptôme où les obsèques sans cadavre s’acquitte de son devoir d’humanité et de soutien des vivants en deuil en l’absence du cercueil. Nous sommes très entourés au départ mais ça ne dure pas. Très vite, passés les premiers appels, les premiers "comment ça va", la personne va se retrouver seule alors qu'à d'autres époques cette dernière était beaucoup plus entourée. La présence durait plus longtemps, et puis il y avait l'aspect un peu ostentatoire du noir qui faisait que la personne était identifiable dans le village. On organise, au contraire, de plus en plus des obsèques personnalisées avec des textes d'adieux individuels, la musique favorite du défunt, etc; ce qui diminue le caractère formel de l’enterrement, ou même simplement des signes du deuil. Dans notre culture occidentale, la tradition voudrait que nous affichons une certaine tristesse, que l'on pleure toutes les larmes de notre corps lors des funérailles. (chaque cas est singulier, chacun traverse le deuil à son rythme et à sa façon).

lit-de-mort.jpgAutrefois, du jour de la naissance jusqu’au dernier jour de l’existence, la vie sociale était rythmée par les rituels collectifs. Après la mort d’un proche, le processus de deuil n’échappait pas à cette ritualisation (veillées funéraires ou encore processions ponctuaient le chemin de deuil). Sur son lit de mort le défunt est entouré d'une assistance parfois nombreuses et qui comprend des enfants. La mort est acceptée paisiblement, sans drame excessif, "c'est la mort apprivoisée". Une fois que la mort a fait son oeuvre, les parents proches lavent le défunt, puis le revêtent de ses vêtements du dimanche. Plus tard, le mort sera déposé dans un cercueil peint en noir, placé sur deux chevalets dans le salon du domicile du défunt. Les pompes funèbres ne s’occupaient alors que de la fourniture du cercueil et du transport du défunt à l’église et au cimetière (début de la marchandisation de la mort). Parents et amis "veillent au corps" jusqu’à trois jours et deux nuits. Accroché à la principale porte de la maison, un crêpe noir, pour les hommes, gris pour les femmes, et blanc pour les enfants, sert à signaler au passant la présence d’un mort. Dans le cadre du deuil d’un conjoint, durant la période que l’on appelait de "grand deuil", la veuve se devait alors de porter des vêtements d’une couleur noire, puis progressivement au fil du temps celle-ci pouvait revêtir des couleurs moins sombres comme du violet, du mauve ou encore du gris durant cette seconde phase dite "période de demi-deuil". Pendant tout le temps que durent le deuil on évite de danser et même d’écouter la radio (il y a à peine 60 ans).

https://www.youtube.com/watch?v=TMyB9nmjnnk

individualisme.jpgToutes les civilisations ont apporté des réponses qui aidaient au deuil (sauf la nôtre). Au moment où les rites s’effacent, peut-on raisonnablement espérer d’une société qui se revendique pluraliste et individualiste aient la capacité de produire une symbolisation collective, qui refuse la douleur, qui valorise plaisir, jeunesse et performance. Entre les excès des siècles précédents et celui du siècle actuel qui s'échine à nier la mort dans un combat perdu d'avance, il y a un équilibre à trouver. Bien sûr on pourrait envisager, une société technocratique dans laquelle on pourrais euthanasier les vieillards, les anormaux et les handicapés. Cette société serait peut-être économiquement efficace, mais serait inhumaine. Elle serait complètement pervertie par un racisme aussi sot et aussi abominable que tous les autres, "le racisme des bien-portants contre les malades".

 http://www.dailymotion.com/video/xfklfh_les-coulisses-du-...

cremation-.jpgAujourd'hui. On pense que ce sera moins triste et dérangeant s'il n'y a que de courtes funérailles ou s'il n'y en a pas du tout. C'est pourtant le contraire qui se produit... Mais dans cette société moderne, tout presse et tout se règle rapidement. On commence à s'interroger sur la nécessité de révéler à un malade la gravité de son état, d'abord pour l'épargner (lui), puis pour épargner l'entourage en lui évitant des émotions trop fortes. On ne meurt plus chez soi mais à l'hôpital et souvent seul. L'initiative de la mort n'appartient plus ni au mourant, ni même à sa famille, mais aux professionnels, les rites post-mortem changent eux aussi. Les condoléances sont limitées, on répugne à représenter la mort, mais on ne cesse d'évoquer la beauté des morts (dans les condoléances…). Toute manifestation excessive est jugée comme une anormalité morbide, on cherche à épargner les enfants en ne pleurant pas devant eux. Ce n'est pas l'absence des chers disparus qui fait pleurer, c'est la crainte de la mort, considérée comme le plus effroyable des maux. Le développement de l'incinération est la solution la plus radicale de faire disparaître les morts. Les urnes ne sont pas visitées, les cendres sont parfois dispersées. Ces phénomènes sont la résultante de l'instauration d'un tabou, c'est une conséquence de l'obligation du bonheur qui apparaît au même moment. 

rites funéraires.jpgChez les catholiques et protestants, il n’y a guère de différences pour les rites funéraires. Les protestants ne prévoient pas de veillée, pour ce qui est du reste les traditions restent très similaires. Chez les chrétiens, le défunt est remis à Dieu lors d’un culte qui est destiné à rassembler les vivants. Ainsi, le culte n’est pas rendu au défunt, mais permet aux vivants d’écouter la parle de Dieu, celle de l’amour dépassant la mort. Chez les protestants, l’Eglise est présente pour accompagner et entourer de son affection les endeuillés.


Chez les chrétiens orthodoxes,.jpgChez les chrétiens orthodoxes, lors d'un décès, la familiarité avec la mort se manifeste par l'accompagnement du défunt, par le cercueil ouvert pendant toute la durée des funérailles, par les fleurs ou le baiser que chacun est invité à déposer dans le cercueil. Le service funèbre, suivi en principe d'un ensevelissement, est généralement célébré le 3ème jour après le décès. Normalement, le corps est placé en direction de l’orient qui symbolise la venue du Christ. Il n'y a pas de purgatoire dans les convictions de l'Eglise orthodoxe. Il y a certes un jugement dans la mort, par rapport à ce que le croyant est, et l'enfer est compris comme un enfermement sur soi, où l'humain n'a jamais voulu voir le mystère de l'autre.

Chez l'animisme.jpgChez l'animisme, qui est une croyance attribuant une âme, une conscience à chaque objet du monde matériel (animal, végétal, géologique). A la mort, l'âme (ou double) se sépare du corps, elle garde sa personnalité pour une nouvelle existence (ce sont les "mânes" ou des "ancêtres"). Elles mènent une existence diminuée, effraient les vivants en leur apparaissant (fantômes), elles parlent par des rêves, annoncent l'avenir (présages), elles envoient bénédictions ou malédictions, selon la manière dont on les traite.

bouddhisme,.jpgChez le bouddhisme, la mort ne s'oppose pas à la vie mais se définit comme un processus inverse de celui de la naissance. La mort n’est qu’un passage d’une vie à l’autre qui ne reconnaît ni les concepts de dieu, ni d'âme. Le moment de la mort est crucial, en lui se récapitule la totalité de la vie qui vient d'être vécue. D'où l'importance de régler litiges, dettes, rancœurs et conflits avant le dernier instant et d'aborder en paix et sans regret le grand passage.

Dans l'islam,.jpegDans l'islam, la conséquence de la mort du corps est la séparation de celui-ci avec l'âme (c'est l'ange de la mort, nommé Malak Al Mawt, qui est chargé de cette tâche). Le corps, quant à lui, doit ressusciter pour se joindre de nouveau à l'âme à la fin des temps lors du Jugement Dernier.

 

Dans la religion juive,.jpgDans la religion juive, on considère que la mort n’est que la séparation du corps (gouf) et de l’âme (néfesh). Si les actions ont été bonnes et si le juif a respecté les commandements de la Torah son âme montera au ciel dans des degrés plus ou moins élevés et ce grâce à la légèreté de son âme. Au contraire une vie remplie de pêchés alourdira cette âme qui sera condamnée à errer sur terre, au niveau 0, et désirer perpétuellement sans pouvoir satisfaire ses besoins faute de corps matériel. Un état infernal d’errance et de souffrance. L’usage et la tradition juive ont conservé certains rites tels que celui de la lumière placée près de la tête du défunt, lumière symbolisant l’âme immortelle. Le disparu sera veillé sans interruption jusqu’à son ensevelissement.

Témoins de Jéhovah,.jpgChez les Témoins de Jéhovah, lors de la mort le corps retourne à la poussière et «l’âme», la conscience, est préservée par Dieu (Jéhovah) et mise de côté dans un état de "sommeil" jusqu’à ce qu'advienne Armageddon (la "lutte finale") à la fin des temps. Après l’Armageddon, tous seront ressuscités, "autant les justes que les injustes" afin d'être jugés par Dieu (Jéhovah). Quant aux injustes, ils seront tout simplement détruits.

mormons.jpgPour les saints des derniers jours (mormonisme), la préexistence, vie avant la naissance en présence de Dieu, la vie sur terre, temps de mise à l’épreuve et d’expériences, et la vie après la mort font partie du plan salut. Après la mort, le monde des esprits est l’endroit où attend l’esprit de l’homme entre la mort et la résurrection. Chaque être humain ressuscitera (réunion du corps et de l’esprit) avant d’être amené devant Dieu pour le jugement dernier où sera tenu compte de la globalité de la personne jugée (connaissance, actes, paroles, pensées, désirs, repentance). Ceux qui héritent d'un de ces trois degrés de gloire se répartissent comme suit. Gloire céleste (perfection par l'intermédiaire de Jésus) lui sera attribué. Gloire terrestre (qui sont morts sans loi ou n'ont pas accepté le témoignage de Jésus dans la chair mais l'ont accepté par la suite). Gloire téleste (les menteurs, les sorciers, les adultères, les fornicateurs).

une société qui se revendique pluraliste et individualiste.jpgChez les athées, croit en l’homme, seulement en l’homme, uniquement en l’homme. En résumé, "On ne vit qu'une fois" .

 

 

 

mort-imminente-1.jpgLa métamorphose de la chenille en papillon a souvent été comparée à la métamorphose de l’homme qui passe de la mort à la résurrection. Dans un sens, la chenille meurt pour donner naissance au papillon. La mort n’est donc une perte, un "néant", mais une métamorphose. Nous voyons ici un processus naturel, un processus qui est entièrement indépendant de la volonté de la chenille et du papillon. Si la chenille arrivait à retarder l’ouverture de la chrysalide, le papillon serait mort. Si le papillon arrivait à ouvrir la chrysalide avant le temps, le papillon serait mort aussi. Donc nous vivons un processus naturel, complètement indépendant de notre volonté. La résurrection de Jésus est la garantie de notre résurrection. Elle est également la garantie de notre Salut. Par sa résurrection, Jésus a vaincu la mort, le dernier ennemi. Ce que Dieu désire accomplir en nous est en quelque sorte la même transformation qu’il opère dans une chenille pour qu’elle devienne un papillon. 

 

C'est une banalité de dire que "l'on ne vit qu'une fois". Le monde dont je vous parle est peuplé de créatures insouciantes et sans cervelle, un monde où la bêtise, la crétinerie est excusée par la seule chose importante qui est la liberté, l'individualité, et surtout, celle de s'amuser sans se soucier des conséquences. Elle a conquis la jeunesse (et d'autres) et est devenue l’excuse ultime à toutes les dérives qui ont poussé bon nombre à aller toujours plus loin, à être plus fou, jusqu'à commettre l'ultime absurdité. L'expression célèbre, "On ne vit qu'une fois" se trouve dans un poème d'Horace (65. av. J.C. - 8. av. J.C.), et n'est qu’une reprise de "carpe diem", rendu célèbre auprès du grand public depuis l'Antiquité fait l'objet d'une mauvaise interprétation, traduit par "Profite du jour présent" (alors que les deux mots signifient "cueille le jour") qui est une invitation à saisir le jour et à le déguster comme un fruit savoureux. Cette invitation était dédiée initialement à une jeune fille au prénom révélateur Leuconoë, c’est-à-dire "esprit brillant". Une jeune fille qui, d’après les recommandations que lui adresse Horace souhaitait vivre longtemps. Avec une tendresse toute paternelle et une profonde sagesse, Horace appelle cette jeune fille à réaliser que la vie se passe au présent et qu’il lui faut mordre à belles dents le moment qui passe, même si elle savait qu’elle allait effectivement vivre encore bien des hivers sans s’inquiéter de l’heure de sa mort. C'est donc une discipline volontaire du corps et de l'esprit cherchant à tendre vers une perfection, par une forme de renoncement ou d'abnégation. Une recherche de plaisir ordonnée, raisonnée, qui doit éviter tout déplaisir et toute suprématie du plaisir. Ce qui était pourtant du bon sens, celle-ci a été directement détournée et est devenue une raison pour faire n'importe quoi ("On leur pardonne, après tout, on ne vit qu'une fois"). Le temps en philosophie est une entité psychologique. "Le temps n'est que dans la mesure où il est présent. Le présent du passé, c'est la mémoire, le présent de l'avenir, c'est l'attente, le présent du présent, c'est la perception".

 

 

 

 

 


Écrit par Country francismarie dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |